On parle beaucoup ici de reconditionnement physique — VO2 max, force, mobilité, tout ce qui fait qu'un corps tient la distance. Mais il y a un reconditionnement dont on parle moins souvent : celui de la tête, face à un monde qui change de nature pendant qu'on regarde ailleurs.
C'est exactement le sujet du livre que je viens de terminer : 0/1, de Chuck Mountain. Deux chiffres suffisent, dit-il, pour décrire notre époque. Le 0, c'est le vieux monde organique : naître, travailler, partir à la retraite. Le 1, c'est le monde synthétique qui s'allume sous nos yeux, sans prévenir.
Pourquoi la fertilité s'effondre-t-elle presque partout sur Terre, en même temps, dans des pays qui n'ont ni la même culture ni la même politique ? Pourquoi la retraite par répartition est-elle une promesse dont les payeurs disparaissent année après année ? Et surtout : que devient la valeur du travail quand l'intelligence — celle qui coûtait cher à former, à recruter, à garder — cesse d'être rare ?
Ce que j'apprécie dans ce livre, c'est qu'il ne fait ni prophétie ni prêche. Chuck Mountain décrit un état des lieux, froidement, « avec le calme d'un physicien qui regarde l'eau se transformer en glace ». Pas de promesse de catastrophe, pas de promesse de salut — juste la description d'une transition de phase déjà en cours, et la question qu'elle pose à chacun de nous : qui gouverne une civilisation qui n'a plus besoin de la plupart de ses mains ?
C'est un peu la version civilisationnelle de ce qu'on essaie de faire ici à l'échelle d'un corps : ne pas attendre que la bascule soit terminée pour commencer à s'y préparer.
0/1 est le premier tome d'un cycle historique — l'auteur y renvoie d'ailleurs vers un second volume, Irremplaçable, qui prend le relais sur la question qui suit logiquement : maintenant qu'on a compris la marée, comment se rendre, justement, irremplaçable ?
Disponible en français, anglais, espagnol, portugais, italien et allemand.